Berlin, le Phoenix de l’Europe.

 Ensuite, il y a eu Berlin. Berlin, c’est ce voyage qu’on a entreprit avec une émotion particulière.

A nouveau cette idée fausse  que l’on se faisait d’un pays comme l’Allemagne, qu’on compare à tort à la rigide et plus si jeune Angela Merkel. Un pays qui nous a simplement laissé bouche bée.

A la sortie de l’aéroport, on découvre l’allemand, une langue qui est loin d’être douce, nous fait sourire parfois et qui même en s’appliquant demeure incompréhensible pour nous. On découvre d’abord le quartier de Mitte. On y pose nos valises dans un appartement que l’on partage avec des expatriés à Berlin. Ils sont étudiants en cinéma ou en architecture, se déplacent à vélo et souvent ont une alimentation végétale.

Mitte c’est un quartier tellement représentatif de Berlin. Choisi au hasard, il est idéal pour notre visite et c’est un élément incroyable pour faire de cette ville un coup de cœur. L’histoire y est au premier plan avec la Porte de Brandebourg, l’immense cathédrale de Berlin mais surtout c’est un quartier en ébullition permanente, lieu de vie de nombreux artistes, réunion de nombreux engagés.

On se promène dans les rues et là quelque part, nos yeux se portent soudain sur le Mur.

Il prend place au milieu d’une longue rue, d’un côté le brouhaha incessant de la route, de l’autre l’apaisement d’une rivière. C’est drôle ce contraste encore visible aujourd’hui entre deux parties du monde que l’on a voulu diviser alors qu’elles se complètent si bien. Lorsqu’on étouffe trop dans le tumulte urbain, on se range du côté de la nature, et lorsque le calme devient presque angoissant, on reprend la route. Les deux sont un besoin pourtant, indivisibles.

Alors qu’on admire les tags incroyables qui habillent désormais ce mur, je ne peux m’empêcher de prêter un coup d’œil à chaque passant que je croise. Est-ce qu’il a été là au moment où ça a eu lieu ? Au moment de sa construction ? De son écroulement peut être?

Je me sens prise d’une énorme empathie pour un évènement que je n’ai pas eu à connaitre mais qui aurait pu être une page de l’histoire de ma propre famille, de mes parents.

 Je continue à explorer cette ville et nous tombons alors sur le Check-point Charly. Deux gardes jouent la scène comme à l’époque, se tenant au point d’entrée de la zone américaine, avec leurs combinaisons et des drapeaux. Interpellant ici et là les passants en leur ordonnant de présenter leur laisser passer. Rejouant une scène qui autrefois ne prêtait pas à sourire. Aujourd’hui, Berlin se joue de tout, a pris de la distance. Un recul nécessaire.

Lorsqu’on lève les yeux, le panneau tel qu’il était placé à l’époque, écrit en russe, en allemand, en anglais nous indique que nous entrons dans la zone américaine ou plutôt à ce moment là, que nous en sortons.

 

Ce qui ressort vraiment de mon voyage à Berlin, c’est cette histoire qui prend vie à chaque coin de rue, l’histoire un peu ennuyeuse, vite oubliée, que l’on apprenait à l’école, elle est là cette fois, vivante, juste sous nos yeux. Ces pages de papier que nous apprenions par coeur sont aujourd’hui devant nous, bien réelles. Ses traces du passé sont présentes encore aujourd’hui.

C’est fascinant, ça rend très ludique la découverte des monuments importants de la ville et des lieux d’impact. Je suis touchée par cette représentation de l’Histoire parfois agrémentée, parfois brute, laissée telle quelle.

 On continue en nous promenant dans d’autres quartiers. On se rend compte que de nombreux jeunes se retrouvent autour d’un verre, dans un café ou à la terrasse d’un bar, ces lieux sont présents partout. Souvent ici, on mange un menu complet dans un restaurant pour une dizaine d’euros. Forcément ça donne envie d’enchainer les moments de partage autour d’une table. Des plaisirs dont on ne se lasse pas.

Quant à nous, on avale à la hâte un curry wurst auprès d’un food truck, aux alentours du zoo de Berlin, pas le temps de s’asseoir, la ville a trop de choses à nous offrir encore.

 

La découverte reprend, on marche durant des heures, laissant le hasard nous guider.Et soudain, ça m’apparait réellement. Je comprend que l’histoire qui s’est vécu juste là il y a quelques temps, des évènements que les familles se remémorent régulièrement à l’occasion des retrouvailles, ont marqué profondément cette ville. Mais aujourd’hui, cette jeune génération commence seulement à la bâtir.

 Quand dans d’autres pays, l’innovation c’est de recréer, se réinventer, ici, c’est simplement de renaître de ces cendres, de rassembler les miettes et voir ce qu’on peut en faire… Alors voilà, les cafés aux design épurés et tendances qui ouvrent chaque jour, les jeunes qui prennent leur guitare pour jouer un morceau et partager une émotion, peu importe s’il ne dure que l’instant où l’ouïe d’un passant s’y prête en poursuivant sa course, il n’est jamais perdu.

Personne n’a le temps de s’arrêter réellement à Berlin, une révolution est en marche pour se construire une ville avec de nouvelles valeurs, un nouveau souffle, creusant un peu plus le fossé qui la sépare de ces dramatiques souvenirs.

Berlin est une ville jeune et dynamique, j’y ai retrouvé l’ambiance un peu folle des quartiers de Londres comme Shoreditch. J’aime les personnes qui relèvent leur manche pour créer, peu importe le regard des autres. Même quand cela suppose de ne pas être raisonnable, ni de rentrer dans les clous. J’ai aimé m’imprégner de ce mouvement, le temps de mon séjour, je me suis retrouvée là dedans. J’ai adoré l’esprit qui s’en dégageait, difficilement descriptible, il faut que vous y passiez vous aussi pour tenter de le comprendre.