Quand le développement personnel nous fait culpabiliser

 « Deviens une meilleure version de toi-même », « Accomplis toi » , « Change le monde »

Le développement personnel est à la mode, on en parle à toutes les sauces et les « spécialises du travail sur soi » fleurissent un peu partout.

Avec un diplôme ou non, un tas de gens se disent “Coach de quelque chose” avec cette idée que ce qui a marché pour soi marchera forcément pour l’autre. Alors, sur la toile et autour de nous, se multiplient des personnes aux discours bien appris:

“Tu n’es pas toujours heureux ? A toi de te motiver et de changer ! Tu en es capable ! Lance toi !”

Pourtant, je l’ai vu subitement lorsque j’ai perdu quelqu’un il y a quelques mois, parfois la tristesse vous assomme tellement fort qu’elle vous empêche complètement de vous relever. Mon travail, mes mots ont perdu énormément de sens quand les joues pleines de larmes, je suis tombée en mille morceaux sur le carrelage.

Non, tu n’es pas toujours capable de te relever, tu es parfois noyé par ta tristesse, par ta douleur et c’est ok comme ça.

Tu n’as pas le droit d’être malheureux.

Parfois, cette mode du développement personnel produit l’effet inverse de son intention. C’est un domaine censé apporter quelque chose en plus aux personnes, les inspirer, les motiver à agir pour leur propre bonheur… mais il semble dire tant de fois « Tu n’as pas le droit d’être malheureux » ou pire « C’est de ta faute si tu es malheureux, tu as qu’à te relever comme tout le monde. »

Je ressens souvent cela en lisant certaines phrases de coachs, et j’espère au fond ne pas être ce type de coach moralisateur et radical.

“Ta souffrance te ressemble c’est même toi qui l’a crée.” C’est une phrase auquel je crois souvent, mais comme c’est difficile de l’entendre quand tu tombes des nues après une difficulté et que tu essayes doucement de rassembler les restes.

Alors viens cette impression que si tu n’arrives pas à sourire ce n’est pas normal, si tes larmes montent toutes seules tu dois les cacher dans la salle de bain et en avoir honte…

 Je me souviens avoir dit cette phrase “je pensais être plus forte que cela…” avec cette idée que l’on attendait de moi, Lucie, positive, souriante, coach, “experte” du développement personnel, que je m’accroche bien plus fort et que je motive les troupes.

Pourtant, ce n’est pas ce que j’ai fait.

Tu dois tout contrôler

Au départ, le développement personnel m’a appris à me fixer un but, à travailler pour atteindre mes objectifs. Mais très vite, j’ai compris qu’il n’étais pas fait pour cela, que l’on ne pouvait avancer sans se comprendre, alors il m’a appris à intégrer ma propre vulnérabilité, à comprendre (et pas contrôler) mes émotions.

J’ai le droit de me réveiller un matin en pleurs sans savoir pourquoi, j’ai même le droit d’être en rage et de casser tout ce que je touche. Cela ne fait pas de moi quelqu’un de mauvais, mais simplement un être humain. Ma complexité est à apprivoiser, je n’ai pas toujours à être forte, je n’ai même jamais à l’être. Je n’ai pas toujours à être un exemple de contrôle de soi, je n’ai même jamais à l’être.

Aujourd’hui, je peux tenter de comprendre pourquoi j’ai éclaté en sanglots. Bien souvent il n’y a aucune raison et je l’accepte.

Je peux tenter de mettre des mots sur ma colère et son origine, mais quoiqu’il arrive, j’ai le droit de la laisser passer, de lui donner sa place car elle est juste. Elle est tolérée.

Dans ce monde du développement personnel, je vois bien que l’on cherche à tout prix à mettre du sens sur ce qu’il nous arrive: “Pourquoi je passe par là? Pourquoi j’ai encore des émotions si vives après des heures à méditer, des journées à lire les cahiers de Lilou Macé?”

Mais la vérité c’est que tu auras toujours ces émotions, et c’est même génial car c’est comme cela que tu es véritablement toi-même.

Se comprendre, s’accepter… C’est un leurre de se dire que l’on y arrive, on rame comme tout le monde. Même si les posts se multiplient pour vous dire « je gère parfaitement la situation », rien n’est plus faux, vous ne voyez qu’un aspect. Nous sommes tous en chemin chaque jour.

Et puis, comment comprendre la joie quand tu ne connais jamais la colère et la tristesse ?

  

Le développement personnel me culpabilise.

« Il faut que tu te rendes compte », « Tu devrais savoir que… » « Tu devrais lire.. » combien de fois ai-je intégré dans mes posts ce genre de phrases? Non, il ne faut rien, tu ne dois rien. Laisse toi un peu vivre !

Je dois sans arrêt chercher à devenir une meilleure personne, à voir une évolution sur mon caractère, et même à atteindre le succès. Voilà ce que le développement personnel me dit aussi.

Personnellement,  cela fait deux mois que j’ai du mal, que je fais des chèques à l’univers complètement bidons, que mes résultats stagnent et que je n’ai envie de rien de plus, j’ai même du mal a savoir ce que je veux, je n’ai plus d’objectifs au secours !

Est-ce que pour une fois, je ne pourrais pas me laisser porter par la vie voire me laisser tranquille ?

Est-ce que je ne pourrais pas simplement faire ce qui me plait, respirer, arrêter de faire en sorte que travailler sur moi soit une occasion de me mettre une pression de dingue comme dans tous les domaines de ma vie?

Si ton objectif avance, c’est parfait. S’il stagne, c’est parfait aussi. Car cela te donne une occasion unique, de profiter de chaque moment de ta vie, cela te donne du temps pour te détacher des résultats et c’est à ce moment là que tu vis, vraiment. C’est quand tu te réveilles le matin sans savoir ou tu vas, et que du coup tout est possible. C’est quand tu es obligée d’accepter ta situation aujourd’hui et que là dedans tu tentes de trouver ce qui est merveilleux. Ou de sourire de ce qui ne l’est pas. Ou de te mettre en colère parce que rien ne va assez vite et que de nombreuses choses sont injustes.

Arrêtons de culpabiliser quant à ce qui nous échappe, nos baisses de motivations, notre manque de résultat et parfois même nos rêves aux contours flous….

La vie n’est pas un chemin facile

 

Plus j’avance, plus je me rends compte que la vie de nombreuses personnes autour de moi n’a pas été un long parcours sans embûche.

Moi, j’ai eu une famille formidable, sans grand conflit, sans divorce, sans décès, sans peine, sans cancer.

J’ai pu faire ce que je voulais et toute mes décisions ont été accueillies avec joie, j’ai eu l’opportunité de partir où je voulais.

Avec ce parcours, évidemment que c’est simple de s’accomplir une fois adulte. Cela ne demande rien de compliqué. Si ta génétique t‘avait déjà fait assez optimiste, la positivité doit couler en toi dans tous tes membres avec ce passé là.

Et déjà, j’ai des difficultés à faire fonctionner la pensée positive chaque jour ! Je ne comprends pas grand-chose à ce que je suis, à mes réactions, à ce que j’attire. Même quand je crois détenir une clé, elle me prouve souvent que je l’utilise mal.

La positivité comme caractéristique principale, ce serait normal chez moi. Mais, ce n’est pas le cas de tous, vous avez surement traversé des difficultés, des choses qui vous ont abimés sur le long terme. Alors, pour cela, cultivez l’indulgence avec vous-même !

Vous n’avez pas à être parfait et vous n’avez même pas à travailler sur vous-même. Si déjà vous vous êtes relevé après un drame dans votre vie, rien qu’une fois, peu importe, bravo !

Parce que la vie malmène, et que l’on n’en comprend pas toujours le sens, je crois que vous méritez un peu de repos. Arrêtez de vous chercher et commencez à saisir cet instant: les fleurs qui poussent à chaque printemps, les rires d’un repas de famille, les premiers pas de votre enfant, le soleil qui vient réchauffer votre peau.

Ne prenez pas de pincettes avec la vie car elle n’en a pas pris avec vous, peut être, que vous laissez guider et faire ce qui vous plait, c’est ça l’expérience. De toute façon il n’y a pas de notice, je crois que tant que vous faites les choses avec amour, vous avez gagné.

La voie du coeur est toujours celle à mettre au premier plan dans notre vie…

Le développement personnel avec mon regard

J’adore accompagner les personnes à mieux se connaitre, à se rendre compte de ce dont elles sont capables, mais au fil des entretiens, j’ai besoin de mettre en avant à quel point elles avancent, ce que je suis incapable de faire avec moi même, car elles ne s’en rendent pas compte non plus.

Ce n’est pas une compétition, il n’y a rien à gagner à travailler sur soi, alors tu peux prendre une pause pour goûter à ta petite victoire du jour.

Tu peux tenter d’enlever un mal être qui te pèse ( le fait de ne pas t’affirmer, de ne pas oser vivre ta vie comme tu l’entends) mais par pitié, ne deviens jamais parfait, ce serait tellement ennuyeux…

Je ne suis pas là pour que tu le deviennes, mais pour que tu te rendes compte à quel point tu l’es déjà, à ta sauce. Et tout ce qui semble bouger, s’améliorer, changer, c’était quelque chose que tu avais déjà en toi avant que tu me parles ou me lises pour la première fois.

Ma vision du développement personnel, ce n’est plus  ce truc scolaire où tu enchaînes objectifs de vie, actions bien précises à mettre en place, niveau de motivation à fond les ballons. C’est quelque chose de plus en plus spirituel, où j’accepte de me laisser guider par mon intuition lors des séances, où je partage mes ressentis, où je me laisse être moi même, ajouter ma touche personnelle loin de ce que l’on ma appris à faire et qui pourtant marche tellement mieux, car cela me ressemble.


Je fuis les conseils, les réponses toute faites, les livres à avoir lu au moins une fois dans sa vie, on n’essaye pas de formater en faisant du développement, j’aimerai laisser le plus de liberté possible à l’autre.

Au fond, nous lisons tous les même bibles, passons par les mêmes étapes, et dans ce monde que l’on semble façonner à notre image, je crois que l’on devient d’autres sortes de moutons. On croit tout construire, alors qu’on ne fait que suivre un mouvement.

J’aimerai m’insérer au delà de ça, dans une approche plus spirituelle du développement personnel, où l’on développe sa foi en la vie, où l’on apprend que notre chemin a eu cette forme là, a été un peu glauque, car nous étions de merveilleux travailleurs de la lumière, des êtres faits pour vivre cette expérience, non pas car nous avions quelque chose à nous faire pardonner, mais car nous avions choisis, d’être plus fort, de comprendre qui nous étions vraiment même lorsqu’il ne nous restait plus aucune raison de nous relever. C’est la douleur qui tant de fois nous permet de nous faire évoluer et j’aimerai qu’il en soit autrement… Mais voilà, c’est ainsi.

Va demander ses objectifs à quelqu’un qui sort de dix ans de dépression, à quelqu’un qui vient de perdre sa femme et ses enfants, il ne pourra peut être rien te dire, et pourtant, j’aurai quand même une raison magique de l’accompagner.

On ne parlera pas d’être une meilleure version de soi ni de changer le monde ici, mais déjà, s’intégrer à nouveau dans son monde et regagner son propre corps avec conscience sera une étape.

Le coeur grand ouvert, accueillir l’autre avec tolérance, s’intérioriser pour capter ce qu’il aimerait entendre, voilà ma nouvelle vision de l’accompagnement.

 
Vous n’avez pas à culpabiliser, vous n’avez pas à faire du développement personnel une compétition, c’est pas grave si l’on intègre pas certaines choses, si tous ces livres nous font ch****,  si vous n’y comprenez rien… Est ce que vous êtes un peu heureux? Même si votre vie est un bordel monstre, est ce que vous avez encore une raison de sourire? Si oui, vous avez déjà tout.