Lachez vos guides et acceptez de vous perdre à Stockholm !  

Stockholm est un de ces voyages que l’on a entreprit sans ne rien connaitre.

Souvent, on se fait une idée d’un lieu. Dans notre imaginaire, on la nourrit de nos propres clichés. Je trouve cela troublant lorsqu’on se rend compte au final de la réalité, d’accepter que notre vision ne sera plus jamais la même.

Je me faisais mon idée de la Suède comme d’ un pays très froid, avec beaucoup de forêts, une multitude de têtes blondes, peu d’immeubles et à  la place de jolies maisons aux façades colorées…

A part le froid et en en jugeant seulement par Stockholm, j’étais loin d’imaginer à quel point cela ne collait pas vraiment à la réalité.

En arrivant devant le train qui nous amène à notre logement, ma première impression est un peu particulière. « Ca sent bon la cannelle ici! » une épice que j’adore presque maladivement. Je me ferai la réflexion de nombreuses fois au fil de nos découvertes : ce pays est teinté d’une odeur de Kanelbulle, une viennoiserie en forme d’escargot purement délicieuse.

Parfois, l’empreinte que laisse en moi certains pays que je découvre est olfactive et plus qu’une image ou un son, c’est une odeur qui revient. Ensuite, je dois fouiller au milieu des souvenirs pour me rappeler des détails, comme on redécouvre ces choses oubliées au fond d’un vieux grenier.

Nous arrivons dans un quartier populaire de la banlieue de Stockholm,  multiculturel et assez pauvre. Au cinquième étage d’une des tours, nous posons nos valises dans un Airbnb qui accueille de nombreux voyageurs, notamment des polonais et un mexicain avec qui nous faisons connaissance; tandis que nous croisons rarement la propriétaire, Hanna, ce qui nous empêche de créer un véritable lien avec elle. Triste réalité alors que nous aurions adoré comprendre pourquoi le mode de vie en Europe du Nord conduisait à une vie si heureuse (rappelons que le Danemark (numéro un), la Norvège, la Suède, la Finlande, les Pays Bas font partis des pays les plus heureux au monde).

Très vite, nous tombons sous le charme de Stockholm. C’est une ville qui est formée par plusieurs petites îles, reliées par des ponts, qui sont eux même des objets de découvertes à part entière.

Nous commençons par nous perdre dans des ruelles du quartier de Soderlman, un quartier qui fourmille de petits cafés dont on aimerait se glisser à l’intérieur pour se réfugier du froid. L’hiver commence à poser ses marques dans le Nord de l’Europe. Et le vent glacial, frôlant les températures négatives, nous fait frissonner bien souvent et commence à nous gercer les lèvres. Là bas, nous ne pouvons résister à la tentation d ‘acheter un vrai pain de campagne en passant devant une des seules boulangeries françaises de la ville. Depuis Londres, l’odeur du pain chaud nous avait manqué.

L’ambiance est agréable, nous passons devant quelques églises et monuments en jetant un rapide coup d’œil, plus intéressée par la recherche des ruelles qui nous feront échapper un sourire sous notre écharpe ou des coins qui nous surprendrons.

La nuit tombe aux alentours de seize heures fin Octobre, le moment de vite rentrer chez soi car à mesure que le soleil descend, les températures aussi.

Deuxième jour, nous visitons Gamla Stan, le quartier que l’homme du train d’Oslo nous avait vivement conseillé de découvrir. Là bas, nous retrouvons un bout de notre Provence natale. Nous nous perdons dans des ruelles étroites, où parfois, les murs sont tellement près l’un de l’autre, qu’une seule silhouette à la fois ne peut la franchir. Les magasins de souvenirs s’y multiplient, quelques restaurants et boulangeries ou encore de petits bars où les locaux s’installent pour boire un vin chaud.

Aucun guide ne nous indique de prendre telle direction ou d’aller vers telle rue, nous faisons tout notre parcours au gré de ce que nous sentons vibrer en nous.

Bien des fois, nous arrivons vers un lieu que j’avais vu qu’il était agréable de découvrir, sans l’avoir voulu. Tous les chemins semblent mener à Rome en effet.

Au fil de nos voyages, combien de fois avons-nous découvert des hordes de voyageurs la tête penchée au dessus de leur guide au lieu de contempler avec leurs yeux ce qu’il y avait autour d’eux. Certains n’aiment pas se tromper, ni sortir des sentiers battus et encore moins se perdre. Quel dommage, quand on sait que c’est seulement lorsqu’on prend le risque de se perdre qu’on trouve quelque chose d’inconnu.

Inconnu : qu’on ne connaissait pas jusqu’alors, dont on ignore la nature,  qui n’a pas acquis de notoriété, dont n’a jamais fait l’expérience. Exemples: lieu inconnu; joie inconnue.

 Nous entrons dans notre premier restaurant suédois un midi, piochant dans un buffet pour l’entrée. Quant au plat principal, c’est une galette de pomme de terre qui baigne dans son beurre, parsemée d’un coulis de groseille qu’on adore associer aux plats salés ici. La gastronomie suédoise s’arrêterait donc aux pâtisseries ? Le prix toutefois raisonnable et toutes ces calories me tenant au ventre, je suis à nouveau capable d’affronter le froid cet après midi.

 Le lendemain, nous prenons une fois de plus le train, entourés d’une poignée de travailleurs qui arborent tous l’air sérieux d’un lundi matin. Lorsque nos regards croisent les leurs, bien souvent rien ne se passe, mais parfois un sourire se forme, assez rare pour qu’il soit notifié.

Avec la découverte de Norrmalm, nous découvrons le centre économique de la ville. Les gardes se tenant  à l’entrée du City Hall nous invitent à franchir ses portes, nous découvrons alors de grandes fresques murales et des peintures au plafond, trésors insoupçonnés vue de l’extérieur.

Nous décidons ce jour là de passer devant les boutiques de vêtements qui forment une rue entière. Quelque part sur la droite, nous tombons devant le panneau d’entrée du spa le plus connu de Sotckholm, Centralbadet. Nous franchissons la porte et malgré l’environnement d’emblée apaisant, au vu des tarifs, nous reprenons vite notre route. L‘expérience des bains suédois qui dans la coutume se pratiquent hommes et femmes séparés et le moins vêtu possible sera pour une autre fois.

Le lendemain matin, nous prenons un bus qui nous emmène à IKEA. Alors oui, encore bien loin des guides, nous rendons notre parcours touristique un peu particulier c’est sur. Mais comment ne pas passer un séjour en Suède sans franchir les portes du magasin d’ameublement si cher à nos cœurs ? Non ce n’est ni le plus grand ni même le premier construit, mais il y a quand même quelque chose d’authentique en découvrant ses trois étages et dégustant les fameuse boulettes suédoises au self. Nous faisons le plein de petits crayons et passons quelques heures à rêver à notre futur chez nous.

Un autre jour encore, nous embarquons dans un ferry au centre de la ville pour découvrir l’île voisine de Djungarden, berceau d’un des musées à ciel ouvert les plus beaux que j’ai pu faire et aussi le plus ancien. Au musée Skansen, nous arrivons tôt le matin et découvrons un immense village d’époque, où tout a un sens. En dehors des visiteurs, on rencontre une multitude de personnes en tenue d’époques, qui vont ici et là jouer une scène, comme si elles vivaient réellement ici. Si on a la curiosité de les interroger, elles nous livrent quelques anecdotes sur l’histoire de Stockholm et la culture suédoise. Après la rencontre des animaux, la visite de l’école, de l’église, d’une maison ancienne encore décorée et entièrement accessible, nous rejoignons l’allée principale qui offre une pharmacie, le cabinet d’un médecin et même une boulangerie où un vrai boulanger fabrique chaque jour de quoi satisfaire le palais des visiteurs. Nous craquons une fois de plus sur la brioche à la cannelle contre une pièce de 20. J’ai simplement adoré cet endroit, il valait son prix à 200%, offrant une atmosphère apaisante et un brin magique quand il s’agit de réveiller nos âmes d’enfants.

 Le dernier jour, nous prenons le train direction Sigtuna. Considéré comme le plus ancien village de Scandinavie, cette commune offre un ensemble de petites maisons colorées typiques et une ambiance enivrante. Après un tour rapide du centre ville, nous décidons de nous balader autour du lac qui dessine ses contours. Le calme olympien de l’eau, le peu de rencontres faites, nous laisse le droit de nous perdre, vaguant un peu au hasard des rues, comme si rien ne pouvait arriver. En dehors du centre, nous découvrons des maisons magnifiques, habitées certainement par les plus fortunés. Nous croisons ensuite quelques vaches sur le chemin, puis après une petite barrière, nous empruntons un sentier menant à un banc près du lac. Un lieu reposant voire un peu trop tranquille. Nous décidons vite de reprendre la route, habitués au tumulte des grandes villes et au bruit des vagues qui chahutent en Méditerranée.

Ce dont on se rend compte, c’est que plus on voyage, plus on se sent très vite chez nous là où l’on est. On oublie la peur de risquer de se perdre, nous apprécions même cela. Et surtout jamais nous ne ressentons la poussée d’adrénaline qui va avec l’inconnu. Ce n’est pas comme si nous faisions semblant de connaitre, mais cet inconnu ne nous effraie pas, nous nous acclimatons de plus en plus vite à cette nouveauté qui nous entoure, la langue différente, les paysages et coutumes locales, cela ne fait pas naître en nous un quelconque questionnement et parfois même, un peu moins de curiosité.

Au terme de ce voyage, au bout de trois semaines de rencontres et d’aventures, d’une certaine manière nous nous lassons peu à peu. Je ne sais pas si c’est justement lié au fait que plus rien ne nous étonne, une ville est une ville après tout, mais nous voyons les choses avec des yeux moins naïfs. Même si nous nous émerveillons toujours devant ce que le pays a à nous offrir, nous repartons cependant les yeux remplis d’un peu moins de magie qu’avant sans doute. Ces découvertes sans pause sont devenues habituelles et donc un peu moins tentantes par moments. Il y a une routine dans le voyage aussi.

Néanmoins, ce séjour m’a révélé une vision de Stockholm que je ne soupçonnais pas:  un lieu qui a été un beau coup de cœur pour moi et où je reviendrais certainement.