“Tu as de la chance de voyager ! ” et autres idées reçues

 Je vais tenter à travers cet article de vous faire part de mon point de vue sur cette légende urbaine : « Tu voyages, quelle chance tu as ! ».

Cette idée reçue est d’ailleurs souvent suivie de : « Moi je ne peux pas à cause de mon âge/mes moyens financiers/mon travail/mes enfants. »

J’espère que le blog en lui-même pourra permettre à certains de penser autrement à ce sujet, mais ce que je voulais particulièrement vous faire remarquer aujourd’hui c’est que le voyage n’est pas une chance. C’est un choix de vie.

Oui, à un moment donné, j’ai choisi de faire des sacrifices pour me permettre de vivre ma passion des rencontres et des voyages. Des sacrifices ? Je vois votre regard sceptique et j’entends votre ironie.  Alors reprenons depuis le départ.

Lorsque j’évoquais avec des connaissances mon projet de notre voyage en Grèce, Espagne et au Portugal en deux mois, les gens nous ont dit « Mon Dieu mais vous êtes riches ! ».

Déjà, il faut savoir que de nos jours, voyager ne coûte pas si cher que cela, mais je développerai ce point dans un autre article.

Ensuite, pour nous permettre de faire ce beau voyage, nous n’avons pas gagné au loto mais bien économiser pendant des mois, au quotidien.

Avec mon compagnon, nous avons fait attention et acheter moins de choses matérielles, réfléchi à deux fois avant d’aller au restaurant ou boire un coup, des plaisirs qui avant cela m’étaient possibles très régulièrement. D’ailleurs ça m’ait toujours possible mais maintenant j’y fais plus attention. C’est petit à petit que l’on trouve les ressources nécessaires à un tel voyage et toutes ces fois où l’on a préféré recevoir chez nous plutôt que de manger dehors,ou encore préféré reposer un vêtement qui nous faisait de l’oeil depuis des semaines plutôt qu’acheter compulsivement des choses que l’on ne met jamais, ont fini par payer.

Ensuite, pour vivre ce voyage, je n’ai pas posé de vacances pendant plus de six mois lorsque je suis rentrée de mon expatriation en Angleterre. J’ai simplement gardé mes congés pour pouvoir partir plus longtemps ensuite. Attention, je ne m’en plains pas, je préférais simplement ne pas avoir de semaines de repos « dans le vide » et les préserver pour quelque chose qui me tenait vraiment à cœur.

Ce voyage a aussi du coïncider avec la fin de mon CDD que je  ne pouvais rompre avant. J’avais en fait le choix: j’aurai aussi bien pu accepter un CDI chez un autre employeur car les derniers mois mon travail et mes horaires ne me convenaient plus réellement. Mais à un moment j’ai préféré serrer les dents quelques semaines supplémentaires pour me permettre de voyager. J’ai fait le choix de ne pas m’épanouir pleinement dans mon travail car cela ne peut pas être parfait tout le temps. Et cette vie qui fait rêver si on la prend au moment T du voyage cache quelques moments de doutes, de déprimes, de questionnements personnels où l’on se demande « Est ce que je fais le bon choix ? ».

 D’ailleurs dans cette démarche, j’ai la chance que mes parents soient tolérants et me soutiennent à 100% mais je suis sans cesse confrontée aux témoignages des gens « qui ont du vécu ». Vous savez ces personnes qui tentent de vous ramener à la réalité car ils pensent que vous faites une bêtise : « Mais enfin quitter ton travail dans le contexte actuel ? » « Mais enfin tu ne penses pas à ta retraite ! » « Mais enfin voyager comme cela c’est dangereux ! » « A quoi ça sert de reprendre un appartement en France, si tu comptes repartir dans quelques mois ? ».

Ces paroles tombent parfois dans des moments où nous même nous doutons de notre choix et il faut un certain mental pour assumer ce choix et y croire malgré l’opposition de certains proches ou amis.

Pardon d’avoir envie de me poser quelques temps avant de repartir à l’aventure car c’est véritablement cela qui fait battre mon coeur.

Pardon d’avoir accompagné tellement de malades jeunes que la retraite est le cadet de mes soucis puisqu’on ne sait jamais de quoi demain sera fait.

Pardon de ne pas être raisonnable et de refuser d’avoir mon petit travail où je vais le matin en soupirant, ma petite maison bien tranquille et toute propre pour prendre des risques et mener une vie moins monotone.

Je ne veux pas sous entendre par là que votre vie, si vous ne voyagez pas, n’est pas assez belle, si c’est celle qui vous rend heureux, tant mieux.

Ce que je veux essayer de vous faire comprendre, c’est qu’il y a plein de façon différentes de vivre sa vie et que toutes ses personnes qui ont pris la décision de voyager, de s’expatrier, de faire un tour du monde, ne font pas toutes cela parce qu’elles ont touché un héritage et ne vont pas se la couler douce pendant que vous, vous allez devoir travailler pour payer vos impôts. D’ailleurs, je paye aussi des impôts.

Mes parents ne m’aident pas pour financer mes voyages, je mets simplement la plupart de mes économies là dedans pour me permettre de vivre comme cela. Car je ressens au fond de mon cœur que j’en ai besoin. Parce que voyager ça me donne des réponses sur moi-même et me donne l’impression que ma vie vaut la peine d’être vécu. Parce que si je devais me lever tous les matins pour aller travailler comme tout le monde sans quelque chose à la clé, je serais éteinte.

Je ne veux pas d’une vie comme tout le monde, je veux d’une vie qui me ressemble et je compte bien la vivre à ma façon, sans prêter attention aux discours alarmistes.

Je sais que la vie peut être courte, je sais que je suis assez sage pour rentrer et travailler à nouveau jusqu’à mettre suffisamment de côté pour repartir, sans finir à la rue. Je ne me repose sur personne. Je suis consciente de la difficulté pour trouver un travail par les temps qui courent, j’y suis confrontée. Je sais qu’on peut me voir d’un mauvais oeil en voyant les trous sur mon CV.

Mais je réalise ma vie en vivant mes rêves, et si demain, je m’éteins par mégarde en traversant la route, j’aurai le coeur tellement léger, que cela vaut tous les sacrifices et les galères du monde.