Mes trésors de voyage à la Réunion

Je suis sans conteste partagée sur mon expérience à la Réunion. Lorsque j’écoute mon cœur, il me murmure de fuir car ma place n’est pas ici, et parfois lorsque j’ouvre les yeux à nouveau, il s’émerveille de ce que cette île a à m’offrir.

Il y a eu le lagon d’abord. J’imaginais une eau claire, transparente mais sa puissance va bien au-delà de cela. Devant nous, l’eau est calme, sans un mouvement, on a la sensation agréable du sable s’écrasant sous nos pieds.  Mais lorsqu’on plonge à l’intérieur, les courants se déchaînent et nous transportent souvent d’un côté ou de l’autre. Plus on lutte contre leurs forces, plus on se rend compte qu’on n’est rien face à la nature. Alors on se laisse bercer.

Le seul choix qui s‘offre  à nous est de se laisser emporter, faisant traîner nos visages dans l’eau pour découvrir cet autre monde que nous ne soupçonnions pas. Vu de l’extérieur, nous n’avons que la possibilité d’être aveugle, de cette faune riche et libre, de cette flore qui s’est bâtit au gré des vagues. Les espèces de poissons ne sont pas semblables à ceux qu’on peut apercevoir en Europe. Si tu bouges ta tête d’un côté ou de l’autre, tu tomberas forcément sur l’un d’entre eux. Il ne se gênera pas pour toi et continuera sa route, parfois même en t’effleurant. Il ne se cache pas, car il sait qu’il est protégé ici.

Au loin, on découvre les vagues virulentes se casser sur la barrière de corail, avec la même force que si elles étaient devant nous, mais à une dizaine de mètres plus loin. C’est simplement impressionnant, un spectacle magnifique et respectable.

Ensuite, vous avez le choix de vous éloigner un peu des plages et du lagon, ce sera pour mieux y revenir plus tard. Vous vous aventurez dans un des nombreux cirques et rempart de la Réunion. Vous distinguez ces montagnes en dent de scie, la rivière qui tente de se glisser entre ses versants et les villages qui y vivent, accessibles uniquement à pied ou par hélicoptère, loin du tumulte de la ville. D’y vivre, je ne dis pas que ça me plairait, au quotidien cela semble plus difficile. Il faut aller chercher son eau, vivre parfois sans électricité, accepter de ne pas se rationner en nourriture comme on le voudrait. Mais au fond, la vie n’y est- elle pas plus authentique et simple ? Quand ton regard peut se perdre à des mètres devant toi sans pouvoir tomber sur un immeuble. Quand ton ouïe n’est pas perturbée ni par les bruits de l’animation dehors, ni par ceux des médias qui te partagent sans cesse toute la cruauté qui anime ce monde en te rendant esclave de ce que tu ne peux changer et témoin de ce que tu ne maîtriseras jamais.


Au site du Maïdo et des Makes, nous avons préféré simplement nous y balader et laisser nos amis nous faire découvrir ce qu’ils savaient de cet endroit : apprendre à reconnaître les plantes et les fruits qui se cachaient en bordure du chemin, marcher sur les pas du parcours du Grand Trail, course évènement ici, déposer avec des mains innocentes une gerbe de fleurs cueillies sur la route aux pieds du petit temple construit tout en haut, là où notre corps nous a prié de rebrousser chemin.

Ensuite, nous avons pu nous ressourcer autour d’un verre de vin de Cilaos, sucré et délicieux, tout en participant à la conversation sur nos différences, nos vécus, mêlant nos éclats de rires autour de la table et de quelques piments farcis.

Si vous n’êtes pas très randonnée, une institution ici, vous pourrez cependant vous approcher d’une des cascades, accessible en voiture, si vous n’avez pas peur de conduire dans un champ de canne à sucre. Vous pourrez y pique niquer comme ça se fait ici, attention, pas de pain et de charcuterie mais une marmite de carry poulet réchauffée au feu de bois directement sur place, et puis une bière du dodo, des musiques entrainantes, une vraie nappe et une vraie table. Mais non, pas de pain, ce n’est pas trop légion ici de finir le repas par un bout de fromage. Ce qui est drôle, c’est que c’est à vous de vous lever chacun votre tour pour aller remplir votre assiette, même quand vous êtes invité.

Ensuite, route vers Saint Leu, vous pouvez prendre un car jaune et demandez à vous arrêter à la mairie de Saint Leu en claquant des mains pour signaler votre arrêt. Là bas, si vous remontez un peu la route, vous pourrez découvrir les tortues de Kélonia. Je n’ai pas beaucoup d’empathie pour les endroits où on retient des animaux entre quatre vitres mais Kélonia n’est pas seulement un aquarium ou un musée, c’est avant tout un espace aménagé pour venir en aide aux tortues de mers blessées, pour aider les petits à survivre et contribuer au maintien de l’espèce, à la recherche et à la sensibilisation. C’est un ancien centre d’élevage et d’exploitation des tortues marines qui a été fermé en 1994 et racheté par la Région Réunion pour aider à préserver ces animaux. J’aime l’idée que l’homme puisse être un jour mauvais et ensuite puisse tout tenter pour se racheter, passant de l’exploitation au respect. J’aime l’idée que les hommes évoluent doucement vers une prise de conscience: si aucun être humain n’est supérieur à un autre, pourquoi est ce qu’un être vivant serait-il supérieur à un autre ?

Le Centre Kélonia offre un spectacle magnifique et surtout de nombreuses informations sur les différentes espèces de tortues marines, la façon dont on peut les reconnaitre, leurs migrations etc.

De l’autre côté de la ville de Saint Leu, vous continuerez la route au bord de mer, une dizaine de minutes après avoir passé la ville, sur votre droite, vous trouverez un parking minuscule. A la Réunion, les locaux aiment pouvoir profiter des endroits les plus beaux sans qu’un groupe de touristes viennent rompre leur quiétude, et c’est certainement pour cela, que le Trou du Souffleur n’est pas indiqué.

Nous nous sommes arrêtés la première fois un peu trop  loin, juste après un panneau où il y avait inscrit « Parking à 150 mètres », nous avons observé l’océan, la puissance des vagues qui viennent se rompre contre les rochers, mais aucun souffle. Déçus, nous avons rebroussés  chemin et sommes tombés sur un pêcheur du coin qui nous a dit « Trou du souffleur lé pa là, lé avant cousin».  Alors en route.

Un peu avant, sur le bord de mer, en effet, il y avait un parking pouvant contenir peut être seulement trois ou quatre voitures le long de la route. C’est là que nous nous sommes garés et nous sommes descendus quelques mètres plus bas restant à distance de cette nature incontrôlable.

Le principe ? La vague qui vient se briser sur les rochers est avalé par-dessous, le trou du souffleur s’en nourrit quelques secondes puis relâche la vague comme un geyser, par le haut, avec une force impressionnante et un son unique. Vous pourrez rester là quelques instants, impressionnés par toutes ces choses qu’on ne contrôle pas, et qu’on est tout aussi loin de comprendre.

Et puis il faudra reprendre la route… Vous laisserez vous tenter par les étales de l’immense marché de Saint Paul ? Ici, personne ne crie, tout le monde chante. Enfin, ne vous méprenez pas. On n’est pas dans un Disney non plus.  C’est simplement que  le créole est une langue qui chante quand on la parle et le tempérament des locaux ne viendra pas rompre votre tranquille découverte. Les prix ne sont pas énoncés bruyamment en cherchant à appâter le client. La rencontre commence toujours par un sourire, des dents bien blanches et un regard qui semble vrai, à votre écoute. Ici on vous rajoute une main de bananes mûres car vous avez pris quelques fruits,  là bas on fait glisser quelques olives en plus sans les compter avec un regard complice. Ici encore, on veut vous offrir l’information sur la façon dont ces herbes peuvent soigner vos maux, comment tel savon a été fabriqué mais on vous laisse le choix. On vous accroche par une phrase sympa et on vous laisse repartir si vous ne souhaitez pas l’entendre, si vous n‘avez pas le temps. Vous semblez toujours pressé, on vous comprend, vous n’êtes pas encore fait au rythme de cet île, cela prend du temps.

Le soir venu, vous décidez de vous poser une nouvelle fois sur la plage, après une baignade dans le lagon dans une eau immaculée, transparente. Vous avez pris une petite laine car on s’habitue vite à avoir chaud et la fraicheur arrive à la nuit tombée. Il est dix huit heures quand le soleil se couche devant vos yeux. A Saint Gilles les Bains, l’animation du jour tend à s’estomper à mesure que le soleil s’enfonce sous l’horizon. Vous observez avec gratitude ce spectacle, témoin innocent de ce que la nature peut vous offrir. Assis sur le sable, vous entendez seulement les cris des enfants qui jouent à vos côtés, incapables de se rendre compte de ce qu’elles ont sous les yeux, car le monde est un immense terrain de jeu pour elles. Et surtout, car à force de voir tous les jours ce même spectacle, elles ont perdus le sentiment que ce moment est un trésor. Alors qu’il est pour moi exceptionnel et inédit, il est pour elle quotidien et bien que beau, habituel. Elles gratifient simplement l’horizon d’un « A demain le soleil ! », et lui tourne rapidement le dos rejoignant leur père qui remballe les affaires et ses cannes à pêche pour courir ensuite jusqu’à leur voiture.

Moi j’ouvre grand les yeux et je me jure de faire de ce moment un de mes plus beaux souvenirs. Je me demande soudain pourquoi je veux partir, pourquoi je sens au fond de moi que cette île n’est pas l’endroit où je veux faire ma vie. Alors que j’ai tout, le calme, la beauté, le spectacle quotidien de choses que je ne maîtrise pas. Et puis je repense à ma ville, celle où je me sens chez moi, au fait que moi aussi comme ces petites filles je suis témoin de la beauté de l’endroit qui m’a vu grandir, et qu’à travers mes yeux il ne semble soudain plus aussi exceptionnel. Quand est ce que j’ai arrêté de voir la baie de Nice avec des yeux naïfs et émerveillés ? Alors que mon cœur lui se soulève à chaque fois que mes pas reviennent sur la Côte. Pourquoi est ce que je dois toujours chercher la beauté et des moments qui me marquent en dehors de mes frontières ?

Peu importe si parfois je me trompe et que mes décisions ne sont pas celles qui mènent toujours à mon bonheur. Qui a dit que le bonheur était simple de toute façon? Ce soir, je sais pourquoi je voyage. Je sais que la nature est capable de m’offrir des moments exceptionnels, des lieux où je me sentirai minuscule et impuissante, des rencontres qui vont marquer mon cœur au fer rouge et me faire grandir, des milliers de sensations que je ne pourrai décrire.

Je sais que je reviendrai après tous ces mois, voire toutes ces années en voulant partager avec mes proches tout ce que j’ai pu voir et découvrir, je raconterai sans cesse des histoires sur ce que j’ai vécu, ce que j’ai vu mais je serai incapable de leur faire partager mon émotion. D’être tout à fait honnête et précis sur ce qu’il s’est passé à l’intérieur de moi, à ce moment là : cette sensation de liberté, de gratitude, d’être en vie, ces sentiments tous mélangés et d’autres dont aucun mot n’existe aujourd’hui pour les décrire.

Les voyages sont si mystérieux pour ceux qui les vivent, ils le sont alors forcément pour ceux qui les écoutent.

Ce qu’ils peuvent me donner en revanche avec certitude, c’est de l’amour à partager autant qu’ils m’en auront permis. Je sais à quel point le monde est immense, et si une vie ne suffira pas pour découvrir ce qu’il cache en dehors de chez moi, je peux me donner le droit d’en voir le maximum. C’est beau de se dire que si je le veux, le monde entier peut m’ouvrir ses portes. J’aime l’idée de faire éclater les frontières à la force de mes pas, d’un simple courrier, d’un simple clic ou claquement de doigts. J’ai envie de partager ma vision de la vie avec celles des autres, pas seulement de mes voisins ou des mes proches mais parce que j’ai décidé que mes voisins étaient tous les habitants du monde et mes proches tous ceux qui voudront bien m’ouvrir leur cœur. J’ai envie de laisser tomber quelques à priori, d’en ajouter d’autres, pour sentir  dans mes paroles que je sais de quoi je parle et que je ne juge jamais. Car quelque part au fond de moi j’ai vu et j’ai ma propre idée.

Quand j’aurai découvert tous ces dons que la nature décide de me faire, toutes ses valeurs qui ne sont pas miennes et dont je devrai m’inspirer, quand j’aurai ingéré assez d’amour de la part du monde, alors seulement je reviendrai sur mes pas, chez moi ou dans un lieu qui m’aura marqué plus que tous les autres, et alors seulement je commencerai à partager, à retranscrire, à donner la vie en ayant conscience de ses horreurs et bien plus souvent encore de sa beauté, en ayant conscience de son sens le plus profond. Calmée par tant de souvenirs intacts, riche et grandie.