Notre première éruption volcanique : un moment magique  

Lorsque l’on prévoit de s’installer à la Réunion, il est difficile d’échapper à une éruption du volcan du Piton de la Fournaise, situé sur le versant Sud Est de l’île.

C’est un des volcans les plus actifs au monde avec ces dernières années deux à trois éruptions par an, dont une ayant duré un mois entier. Heureusement, la dernière éruption de grande ampleur n’a fait aucun dégât humain et la plupart ne font même pas de dégâts matériels.

Ici à la Réunion, le volcan crache ses litres de laves seulement pour rappeler à l’Homme qu’il maîtrise encore quelque chose, parfois. Nous n’avons qu’à l’observer, en croisant les doigts pour que cette fois ci encore, il veuille bien nous préserver.

La route pour mener au volcan n’est pas facile. A la Réunion, les belles choses se méritent.

Nous arrivons en suivant la route des Tamarins, jusqu’au village du Tampon. Ensuite, plus de belles lignes droites mais des routes sinueuses pour arriver jusqu’aux villages du Douzième, du Quatorzième, du Quinzième… Nous les traversons tous jusqu’au Vingt et une ième.

Souvent, nous sourions quand on découvre des noms de villes que nous ne connaissions pas encore. Il semble qu’ils aient été donnés par des enfants : La Montagne, la Rivière, le Petit serré, l’Etang salé, les Trois Bassins. Et puis au final, pourquoi ne pas nommer les choses telles qu’elles sont ? Ici, pas de superflu, tout est simple, nature, parfois un peu sauvage aussi.

Nous franchissons enfin la route de la Plaine des Cafres, traversons sa forêt et plongeons un peu plus à chaque kilomètre à l’intérieur de cette végétation qui semble sans limite. Après être parvenus au dessus d’un épais brouillard, on aperçoit soudain un environnement totalement différent. Le paysage nous coupe le souffle. De l’autre côté du virage, d’un coup, le désert :  une immense plaine, la route la traversant d’une traite. A droite et à gauche le même constat, personne, aucune végétation, rien. On ne s’attend pas à voir cela lorsqu’on sursaute en passant chaque virage quelques mètres plus bas.

Tout en gardant les yeux grands ouverts pour contempler la route, je suis poussée par l’envie de sortir l’appareil photo mais surtout, par la nécessité de le poser dans un coin, juste un instant. Le temps d‘imprégner pour moi même, quelques images de ce spectacle hors du temps.

Arrivés proche du volcan, un gendarme nous fait signe de nous garer un peu plus loin, comme des centaines d’autres personnes ce jour là, nous laissons notre voiture au Pas de Bellecombe et continuions à pied. Sur un chemin de terre, à part la lumière qui commence à descendre et les nuages qui se frottent aux montagnes sous nos yeux, rien ne nous ébloui. Et là, on commence à apercevoir quelques personnes regroupées autour d’une barrière, les yeux droits devant eux.

Lorsqu’on s’avance, c’est d’abord une intense chaleur qui nous enveloppe, et ce bruit, comme un tonnerre qui gronde au loin. On distingue très bien les jets de laves qui jaillissent à un rythme effréné.  On se regarde l’un et l’autre, nous murmurons « Wahou ! » et restons immobile devant ce spectacle d’une intensité folle. Combien de fois dans ma vie serais je témoin d’une si belle preuve de la puissance de la nature ?

Au quotidien, on oublie qui maîtrise qui, qui est en fait minuscule alors qu’il se croit imposant. Nos pas que l’on pense minimes sont en fait géants et lourds, écrasant sous notre poids notre cocon, déformant notre planète minute par minute. Mais ici, face au volcan, je me rends compte que l’humain n’est rien face à la nature, que c’est elle qui a tous les droits. Devant l’intensité d’une éruption, tu n’as rien d’autre à faire que d’en prendre conscience alors tu restes sans voix et vibres avec elle.

On continue sur un petit chemin, on veut s’approcher encore, le voir de plus près, pour être sûr de ne pas être en train de rêver. Derrière nous, le soleil se couche, le ciel se rosit.

On marche longtemps, on avance en perdant toute notion du temps, jusqu’à ce que la nuit tombe au fil de nos pas. Une lampe torche pour nous éviter de se tordre une cheville sur cette route jalonnée de cailloux, on parvient finalement au Piton Partage, un point de vue où se concentre des dizaines de photographes, de réunionnais et touristes venus observer l’évènement. Car même si c’est fréquent, chaque éruption est un évènement ici que personne ne prend le risque de rater.

Devant ce spectacle, un calme olympien, tout le monde chuchote pour ne pas réveiller un peu plus le géant sous nos yeux. Autour de nous, des bribes de conversations nous parviennent, mais nous , on ne dit rien. Trop occupés à admirer la lave jaillir du cœur du cratère, dont les lignes nous apparaissent soudain précisément. Il semble que chaque fois que la lave surgisse du centre, elle revienne presque totalement en son cœur. C’est beau finalement cette image que l’on nait de quelque part et l’on y revient toujours.

Cela fait plus de vingt quatre heures que le volcan s’est réveillé, d’ici on distingue plus exactement la coulée de laves qui commence à se former au-delà du cratère et s’aggrandit au fil des heures. De loin, cela forme un tas de points lumineux qui brillent sur une centaines de mètres, comme la vision que l’on a d’une ville de nuit lorsque l’on prend l’avion. Une vision que l’on connait bien.

Aussi, on distingue davantage les jets qui jaillissent à plusieurs mètres au dessus du cratère, on ressent encore mieux leur force.

Et puis on rentre, car la vie continue plus bas, on ne peut pas rêver toujours, il faut reprendre la route.

On marche en se laissant aller à nos réflexions. Le froid nous saisit de plus en plus, on multiplie les couches de vêtements. En fait, nous ne sommes plus habitués à ce que les températures descendent en dessous de quinze degrés.

En jetant un nouveau coup d’œil au ciel rempli d’étoiles ce soir là, nous apercevons tout à coup une étoile filante. Assez vive pour qu’elle nous surprenne mais passant assez lentement sous nos yeux pour qu’on soit bien sûr que c’en soit une.

Après quelques secondes, et parce que nous nous étions arrêté de marcher, Joël me lance : ” Tu as fait un vœu ?

– Oui, je réponds timidement.”

Il n’était pas très réfléchi, ce genre de vœu que l’on fait à la va vite, en étant pressé.  Comme pour ne pas laisser passer sa chance. Nous avons alors continué notre route en resserrant nos mains enlacées. J’ai  remercié l’univers de me donner un si joli signe. Mine de rien, sans doute la preuve que je suis sur le bon chemin.